Société

Insectes et poudre d’insectes pour l’alimentation humaine : lesquels sont autorisés dans l’UE depuis 2021 ?

Depuis lundi, la société française Nutriearth est autorisée à commercialiser dans l’Union européenne de la poudre de larves de ver de farine jaune traitée aux ultraviolets, à destination de l’alimentation humaine. Hormis le traitement aux UV, rien de très nouveau. Différents insectes entiers ou en poudre, dont les larves de ver de farine jaune, ont déjà été autorisés ces dernières années dans l’UE. Le point sur ces « nouveaux aliments » et sur leurs éventuels risques pour la santé des consommateurs.

◆ La solution à une crise alimentaire imminente ?

Qui aurait dit, il y a encore dix ou quinze ans, que nous mangerions un jour des insectes, entiers ou réduits en poudre, dans notre alimentation quotidienne ? Il fallait trouver une bonne raison pour faire avaler cette idée à des Occidentaux et la voici : une crise alimentaire guette l’humanité et surviendra très probablement aux alentours de 2050, lorsque la population mondiale comprendra 2 milliards de bouches supplémentaires à nourrir. Comment faire, alors que seulement 4 % des terres arables restent disponibles à la surface de la planète ? Réponse : manger des insectes !

◆ Une idée promue depuis 2003 par l’Onu

Valable ou non, cet argument est celui brandi dans un article paru en juillet 2021 sur le site du Forum économique mondial et signé par un certain Antoine Hubert, cofondateur (et à l’époque PDG) de la société Ÿnsect. Cette entreprise française produisait alors des aliments à base d’insectes, mais principalement pour les animaux, et cherchait manifestement à débloquer le marché très frileux de la consommation humaine.

Plus en amont, cet argument est utilisé depuis 2003 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il a été repris par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans son avis publié en 2015 sur la question de la valorisation des insectes dans l’alimentation. La crise alimentaire était alors prévue pour 2030.

◆ Les avantages des insectes comestibles

En tant qu’alternative alimentaire, les insectes comestibles présenteraient de nombreux avantages. D’après la FAO, ils « contiennent des protéines de haute qualité, des vitamines et des acides aminés pour les humains ». Par ailleurs, leur « indice de consommation est élevé ». Ainsi, « les grillons ont besoin de six fois moins de nourriture que les bovins, quatre fois moins que les moutons et deux fois moins que les porcs et les poulets pour produire la même quantité de protéines ».

Ils sont par ailleurs moins polluants et « émettent moins de gaz à effet de serre et d’ammoniac que l’élevage conventionnel ». Les insectes peuvent également « être cultivés en utilisant des déchets organiques ».

◆ « 80 fois moins d’émissions de méthane que la viande bovine »

De plus, les fermes à insectes verticales nécessitent moins de surfaces agricoles. Dans son article, Antoine Hubert précise que « l’élevage d’insectes est moins coûteux que l’agriculture conventionnelle en termes de CO2, d’eau, de surface et de matières premières. En outre, [il] permet de réduire de près de 99 % la pollution par rapport à d’autres formes d’élevage, avec 80 fois moins d’émissions de méthane que la viande bovine. »

◆ Risques d’allergie et autres dangers potentiels

Le seul point négatif de ces petites bestioles pour la consommation humaine serait les risques d’allergie alimentaire. « En effet, les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques [les mollusques ne sont pas des arthropodes, Ndlr], etc.) possèdent des allergènes communs », souligne l’Anses, qui « recommande la prudence aux consommateurs présentant des prédispositions aux allergies ».

Dans son avis de 2015, l’agence énumérait toutefois d’autres dangers potentiels et signalait un « contexte d’incertitude et de manques de données » devant inciter à « accentuer l’effort de recherche » et à réglementer davantage cette nouvelle activité.

Dans un article précédent, Nexus a d’ailleurs soulevé la question des risques d’infections parasitaires liés à la consommation d’insectes, en s’appuyant sur une étude publiée en 2019 et consacrée à ce sujet.

Lire notre article du 12/02/2023 :

Insectes comestibles : un risque d’infection parasitaire ?

◆ Autorisés au compte-gouttes dans l’UE depuis 2021

Les incertitudes et le manque de données n’ont pas empêché la Commission européenne d’intégrer les insectes dans sa liste des nouveaux aliments, après avoir fait une mise à jour de son règlement sur les « novel foods » le 25 novembre 2015.

Depuis 2021, la Commission a ainsi donné des autorisations de mise sur le marché (AMM) à plusieurs entreprises pour la commercialisation d’insectes et de poudres d’insectes destinés à la consommation humaine.

À la différence d’autres produits alimentaires, les AMM concernant les insectes sont accordées à la demande d’une entreprise productrice, uniquement pour cette entreprise et uniquement pour le produit faisant l’objet de la demande (à l’instar de ce qui se fait pour les médicaments). L’autorisation est accordée après étude de dossier (comprenant, entre autres, des données scientifiques) et avis favorable de l’Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA). Cependant, les données sont protégées pendant cinq ans après la date de l’autorisation de mise sur le marché. Impossible, donc, de savoir ce qu’elles contiennent.

◆ D’abord les larves de ver de farine jaune

La première AMM a été accordée en mai 2021 (effective au 22 juin 2021) à la holding française EAP Group (Agronutris), basée en Haute-Garonne, pour la commercialisation de larves séchées de Tenebrio molitor (ver de farine jaune), entières ou en poudre. Ces insectes peuvent être utilisés pour la fabrication de produits protéiques, de biscuits, de plats à base de légumineuses et de produits à base de pâtes.

Depuis le 1er mars 2022, l’entreprise Fair Insects BV, située aux Pays-Bas, est également autorisée à vendre des larves de Tenebrio molitor, congelées, séchées et en poudre. L’AMM comprend cette fois une utilisation élargie : pains et rouleaux à grains multiples, crackers et baguettes, barres de céréales, produits à base de pâtes séchées (non soufflées), pizzas, prémélanges secs pour produits cuits au four, sauces, soupes, salades, boissons alcoolisées (dont la bière), confiseries au chocolat, chips, préparations de viande, produits à base de lait, noix, oléagineux, pois chiches…

◆ Puis les larves de ver de farine jaune traitées aux UV

L’introduction de larves de ver de farine jaune dans l’alimentation humaine n’est donc plus une nouveauté au sein de l’Union européenne. Et depuis le 20 janvier dernier, une troisième entreprise est venue grossir les rangs des détenteurs d’AMM pour la commercialisation de cet insecte : la société française Nutriearth, basée dans le Pas-de-Calais. Son autorisation est effective depuis ce lundi 10 février.

Contrairement aux précédentes, l’entreprise pas-de-calaisienne ne vendra que de la poudre de larves de Tenebrio molitor, mais celle-ci aura la spécificité d’être traitée aux ultraviolets de type B. Pourquoi ? Tout simplement parce que Nutriearth est, à la base, spécialisée dans la production de vitamine D3 naturelle issue du Tenebrio molitor et que les UVB permettent à ces animaux d’en produire davantage (comme c’est le cas pour les humains).

Ainsi, la poudre vendue par Nutriearth sera-t-elle non seulement riche en protéines, mais également en vitamine D. Elle pourra servir d’ingrédient pour le pain et les rouleaux, les gâteaux, les produits à base de pâtes alimentaires, les produits transformés à base de pommes de terre, le fromage et les produits à base de fromage, les compotes de fruits et les purées de légumes.

◆ Criquets, grillons et autres vers

Les autres sociétés et insectes ayant reçu à ce jour une autorisation de mise sur le marché dans l’UE sont :

– Fair Insects BV (Pays-Bas) pour des criquets migrateurs (Locusta migratoria) sous formes congelée, séchée et en poudre (depuis le 5 décembre 2021) ;

– Fair Insects BV (Pays-Bas) pour des grillons domestiques (Acheta domesticus) sous formes congelée, séchée et en poudre (depuis le 3 mars 2022) ;

– Ÿnsect NL BV (branche du groupe français basée aux Pays-Bas) pour des larves de ver de farine (Alphitobius diaperinus) sous formes congelée, pâteuse, séchée et en poudre (depuis le 26 janvier 2023) ;

– Cricket One (Vietnam) pour des grillons domestiques (Acheta domesticus) partiellement dégraissés en poudre (depuis le 24 janvier 2023).

Acheta domesticus (Image de Hans par Pixabay)

◆ Des ingrédients pour toutes sortes de produits

Ces nouveaux aliments peuvent servir d’ingrédients, en quantité très limitée, à de nombreuses préparations. En plus de celles déjà énumérées, on peut ajouter : les saucisses, les légumes en conserve (boîte ou bocal), les sandwiches tout préparés, le beurre d’arachide, la poudre de lactosérum, les compléments alimentaires pour adultes, les snacks à base de farine de blé… Bref, à peu près tout ce que propose l’industrie agroalimentaire.

Si ces produits venaient à se généraliser (ce qui est encore loin d’être le cas), il serait vraisemblablement difficile d’y échapper. Les végétariens, les végans, les personnes allergiques (notamment aux crustacés, mollusques et acariens), ou tout simplement les personnes n’ayant pas envie d’ingérer des insectes (même en quantité infime), risquent de voir leur offre alimentaire se restreindre comme peau de chagrin.

◆ Étiquetage obligatoire, mais…

Au moins la présence de ces ingrédients doit-elle, selon la réglementation européenne, être clairement indiquée sur l’étiquette des produits, avec mention des risques de réactions allergiques. Mais qu’en est-il si ces produits sont utilisés en boulangerie ou restauration ? Mystère.

Article par Alexandra Joutel

(Image principale de SadiaK123 par Pixabay)

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